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Investir et épargner

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Comprendre la finance comportementale pour mieux gérer ses avoirs

En ce qui concerne nos finances personnelles, il y a une large part du résultat qui peut être influencée par nos réactions et notre personnalité!

Férique

Les finances personnelles... sont plus personnelles que financières.

Tim Maurer, conseiller financier, conférencier et auteur

Alors que l'enthousiasme peut être nécessaire pour de grandes réalisations ailleurs, à Wall Street, il mène presque invariablement au désartre.

Benjanmin Graham, économiste reconnu comme le père de l'investissement de style "valeur"

Ces deux citations sur la finance comportementale résument bien pourquoi, en tant qu’investisseurs, nous gagnons tous à en connaître les bases. En ce qui concerne nos finances personnelles, il y a en effet une large part du résultat qui peut être influencée par nos réactions et notre personnalité!

Compte tenu des conséquences qu’ils peuvent avoir sur notre vie, apprendre à identifier nos biais comportementaux et connaître leurs conséquences sur nos décisions personnelles en placement est important. La finance comportementale est un outil fondamental pour y parvenir et nous permet de prévenir les effets négatifs de nos biais.

Origine de la finance comportementale

La finance comportementale porte sur l’étude de la conduite des investisseurs lors de leurs prises de décision. La recherche sur ce domaine s’est développée en partie en réponse au concept d’efficience des marchés de la théorie financière moderne.

Contrairement à cette dernière qui assume que les comportements des investisseurs sont rationnels, la finance comportementale s’est affairée à démontrer, par la psychologie, qu’il en est tout autrement.

C’est au début des années 80 que les travaux de pionniers tels les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky, ainsi que de l’économiste Robert J. Shiller, ont commencé à attirer l’attention. À travers une série d’expériences savantes, ces derniers ont démontré que les participants prenaient des décisions émotionnelles plutôt que rationnelles et optimales. Plus encore, ils continuaient parfois à faire ces choix même après qu'on leur a dit pourquoi ils n'étaient pas les meilleurs.

Ces études ont fait la preuve que, contrairement à l’hypothèse de base de la théorie d’efficience complète des marchés, les investisseurs n’agissent pas constamment de manière rationnelle. Ils ont de nombreux biais comportementaux irrationnels s’appuyant sur les émotions. Compte tenu de ces comportements erronés face aux prix et aux risques, les marchés peuvent donc à l’occasion présenter certaines inefficiences.

Cinq biais comportementaux

Il est possible de regrouper les biais en deux grandes catégories : les « erreurs cognitives », basées sur un raisonnement erroné, et les biais basés sur les sentiments et les émotions.

Bien que tous deux mènent à des décisions illogiques, les erreurs cognitives peuvent être plus facilement corrigées via le conseil et l’éducation. À l’inverse, les biais émotionnels sont plus difficiles à prévenir, car ils émanent d’une pulsion spontanée plutôt que d’un exercice de réflexion. Être en mesure de faire la distinction entre les deux types de biais peuvent aider à déterminer la meilleure façon de s’y prémunir.

Les chercheurs ont identifié de nombreux biais comportementaux. Voici les biais les plus répandus et leurs conséquences sur les investisseurs.

1. L'aversion au risque et au regret

Principalement étudié par le psychologue et économiste Daniel Kahneman – ce qui lui a valu le prix Nobel d’économie en 2002 –, ce biais émotionnel occasionne des réactions plus fortes de l’être humain face aux pertes que face aux gains. Ainsi, les individus sont beaucoup plus sensibles aux perspectives de pertes, de sorte que si l’on illustre ce comportement à travers une courbe d’utilité, ça ressemble à ceci :

Férique

Autrement dit, les investisseurs qui font preuve d’aversion aux risques préfèrent de loin éviter une perte (ou un regret) que de faire un gain (ou de tenter quelque chose). Cela se traduit par des décisions de placement qui chercheront à éviter des pertes à tout prix, même lorsque les probabilités de faire un gain sont équivalentes.

Un exemple classique de cette réaction asymétrique survient lorsqu’un investisseur en quête de liquidité préfère ne pas vendre un titre affichant une perte, mais dispose plutôt d’un autre qui présente un gain, sans même analyser le potentiel futur de chacun de ceux-ci.

S’il n’était pas soumis à ce biais et agissait de manière rationnelle, l’investisseur découvrirait peut-être que le titre qu’il lui est préférable de vendre est plutôt celui dont la valeur est actuellement en deçà de son prix d’achat.

Les conséquences de l'aversion au risque et au regret sont multiples. Ce biais mène notamment les investisseurs à :

  • Maintenir certaines positions dans l’espoir que la situation se rétablisse
  • Vendre par crainte que les gains ne s’érodent
  • Être trop prudent dans leurs choix d'investissement, entraînant une sous-performance à long terme et un échec de l’atteinte des objectifs
  • Adopter un comportement de troupeau (faire comme la majorité) et se limiter aux actions de sociétés bien connues

2. L'excès de confiance

Ce biais, qui possède des caractéristiques à la fois émotionnelles et cognitives, se présente à travers une tendance des individus à surévaluer leurs propres capacités intellectuelles.

Cette confiance démesurée se traduit généralement par une propension des investisseurs à surévaluer la probabilité que leurs prédictions se matérialisent. Ainsi, ces derniers sous-estiment les risques et surestiment les rendements espérés. Cette situation peut mener à un portefeuille qui est mal diversifié et dont le risque de perte peut être considérable.

3. L'ancrage

Cette forme d’erreur cognitive consiste à se fier à une valeur de référence pour faire des estimations, des jugements et prendre des décisions.

La nature humaine étant ce qu’elle est, lorsqu'il est nécessaire d'estimer une valeur inconnue, les gens tendent à s’appuyer sur une valeur initiale, c’est-à-dire un point d’ancrage qu'ils ajustent par la suite vers le haut ou vers le bas.

Cette erreur de traitement de l’information s’exprime de diverses façons. Par exemple :

En jouant à « pile ou face », si les 4 premiers jets tombent sur « pile », on sera tenté de choisir « face » pour le prochain tour. Pourtant, les jets précédents – le point d’ancrage – n’ont aucun impact sur le résultat du 5e jet. Les probabilités demeurent de 50-50.

Dans l’univers du placement, le biais d’ancrage typique est de se fier à la performance passée afin de se faire une idée de ce que sera la performance future. Autrement dit, l’usage d’un point de référence, souvent récent, aura préséance sur d’autres informations factuelles et influencera, de façon négative ou insoupçonnée, nos décisions d’investissement.

4. La comptabilité mentale

Un autre type d’erreur cognitive répandu consiste à attribuer une valeur différente à l’argent en fonction de sa provenance ou de la façon de la dépenser.

L’exemple le plus courant est l’usage que feraient les gens d’un héritage par rapport aux autres formes d’entrées de fonds. Presque toujours, compte tenu du caractère inattendu de cette entrée d’argent, la réaction sera d’y aller d’au moins une dépense frivole ou d’une prise de risque indue.

Il est pourtant normal, lorsque l’on monte son budget, de regrouper nos dépenses par thématiques, comme la maison, la nourriture, les enfants, les vacances, afin d’y voir plus clair.

Cette approche a sans contredit ses mérites, mais en matière de gestion de portefeuille, il est important de ne pas perdre de vue l’objectif global et d’appliquer une stratégie qui est holistique plutôt que d’assigner des rôles spécifiques aux investissements.

L’argent reste de l’argent, peu importe sa source ou l’usage que l’on doit en faire. Faute d’aborder leurs avoirs tel un ensemble, les investisseurs qui compartimentent leurs actifs perdent de vue l’interaction qui existe entre ceux-ci et se retrouvent parfois avec un portefeuille qui n’est pas bien diversifié.

5. L'effet de dotation

Ce biais émotionnel se manifeste lorsque les gens attribuent une valeur plus élevée à un actif lorsqu’ils le détiennent que lorsqu’ils ne le possèdent pas. Ce comportement va à l’encontre de la théorie économique qui stipule que « le prix qu’une personne est prête à payer pour un bien doit correspondre au prix auquel elle est prête à s’en départir». Les recherches en psychologie démontrent que les gens ont une tendance à fixer un prix de vente plus élevé pour les biens qu’ils possèdent qu’ils ne le paieraient pour les acquérir. Autrement dit, parce qu’on détient un actif, on lui confère une plus-value! Selon les études, ce travers serait une conséquence d’autres biais comme l’ancrage et l’aversion aux pertes et aux regrets. Au sein d’un portefeuille, ce type de comportement se manifeste notamment lorsqu’un analyste assigne une perspective attrayante de rendement à un titre qu’il détient déjà, tout en étant réticent à en majorer l’allocation, soit à en augmenter le poids dans son portefeuille.

Ce biais peut ainsi mener à : 

  • Une incapacité à vendre des titres et à les remplacer par d’autres ayant de meilleures perspectives
  • Une répartition d’actifs qui ne correspond pas à la tolérance au risque ou aux objectifs financiers

Comment surmonter les biais comportementaux financiers?

Il n’existe malheureusement pas de recette miracle pour nous immuniser complètement face aux comportements humains qui viennent affecter négativement nos décisions en matière de placement. Même les investisseurs professionnels peuvent à l’occasion en être victimes!

La bonne nouvelle est que si vous connaissez ces biais, vous êtes déjà en bien meilleure position que vous ne l’étiez : vous êtes désormais conscientisé face au phénomène et aurez possiblement le réflexe d’y remédier.

Au-delà de cela, il existe bien sûr de grandes règles que vous pouvez, périodiquement, vous remémorer afin de vous aider : 

  • Basez vos décisions sur une analyse fondamentale approfondie reposant sur de l’information à jour
  • Évitez les tendances, les rumeurs et les trucs à la mode
  • Prenez le temps de bien comprendre les informations qui contredisent votre thèse initiale
  • Détachez-vous du court terme et de l’émotivité en évitant de suivre quotidiennement l’évolution de votre portefeuille
  • Conservez une stratégie axée sur l’objectif, qui englobe l’ensemble des actifs et adopte une perspective à long terme

Les biais comportementaux et vos projets d'épargne

Un autre moyen d’éviter les biais comportementaux est de faire appel à des professionnels. Une décision irrationnelle peut vous coûter cher.

Peu importe la raison qui vous pousse à investir ou le type de compte dans lequel vous épargnez (REER, CELI ou autre), de meilleurs comportements d’épargne et d’investissement accélèreront l’atteinte de votre objectif, qu’il s’agisse de profiter de la vie à la retraite ou d’atteindre l’autonomie financière.

Services d’investissement FÉRIQUE, placeur principal des Fonds FÉRIQUE, peut vous accompagner dans vos décisions. Bien qu’un conseiller et représentant en épargne collective ne soit pas à l’abri de biais comportementaux, son principal objectif est de vous orienter afin que vous respectiez votre profil d’investisseur. Il basera ses conseils en conséquence afin de vous aider à faire les transactions les plus avantageuses pour vous.

Ce biais peut ainsi mener à :

  • Une incapacité à vendre des titres et à les remplacer par d'autres ayant de meilleures perspectives
  • Une répartition d'actifs quine correspond pas à la tolérance au risque ou aux objectifs financiers

Lecture en cours:Comprendre la finance comportementale pour mieux gérer ses avoirs

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