Lettre financière Troisième trimestre de 2020

Revue des marchés

Par Louis Lizotte, CFA, FRM, chef, Solutions d’investissement, Gestion FÉRIQUE

 Source : MSCI

Sources : Banque du Canada, Réserve fédérale de St-Louis, Agence d'information sur l'énergie des États-Unis

SOMMAIRE

 

Le troisième trimestre de cette année atypique nous laisse croire que nous avons collectivement remporté la première manche de ce combat face à la pandémie. Quoiqu’en disent certains détracteurs, les mesures qui ont été déployées ainsi que la capacité de l’être humain à s’adapter auront permis de renverser la situation. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’œil aux données économiques et de marchés : elles se retrouvent en bien meilleure position qu’au trimestre dernier.

 

Ceux qui entrevoyaient un retour éventuel à la normale une fois un vaccin mis au point devront toutefois se raviser. Les événements que nous avons vécus cette année ont amené des changements fondamentaux qui perdureront bien au-delà du moment où nous viendrons à bout de la COVID-19. Ces nouvelles façons de faire et de vivre ont créé, à court terme, des gagnants et des perdants mais elles dicteront également les critères de succès à plus long terme.

Les politiciens ont eux aussi eu à ajuster leur plan de match afin de faire face aux nouvelles priorités des électeurs. En ce temps où les défis sociétaux sont nombreux, l’électorat hautement polarisé et la médiatisation constante, l’aspect politique revêt une importance particulière car il peut renverser certaines thèses d’investissement. La fin de ce troisième trimestre a également laissé poindre le risque que les experts avaient identifié : l’apparition éventuelle d’une deuxième vague de contamination. Nous sommes sans contredit mieux outillés à présent afin d’y faire face mais la capacité des gouvernements à fournir des mesures de soutien s’amenuise de mois en mois.

LES MARCHÉS EN CONSTANTE PROGRESSION

Suite au rebond spectaculaire que ceux-ci ont connu au cours du second trimestre, les attentes face à la performance des marchés se voulaient plus modestes pour le reste de l’année. Cet optimisme prudent reflétait l’élan positif que l’on observait du côté des données économiques et sanitaires mais prenait également en considération les facteurs de risque liés au flou des données prospectives des entreprises ainsi que l’incertitude face au temps nécessaire afin de produire un vaccin efficace à grande échelle. À l’exception de l’Europe, cette prudence ne semble toutefois pas avoir été de mise et la majorité des places boursières du monde ont connu une progression constante tout au cours de la période.

De manière générale, les secteurs de la consommation discrétionnaire, des matériaux, de l’industrie et des technologies de l’information ont été les plus performants au niveau mondial. À l’inverse, ceux de la finance, de l’immobilier et particulièrement celui de l’énergie ont été à la traîne

DES DONNÉES ÉCONOMIQUES RASSURANTES

Stimulés au départ uniquement par l’espoir de ce que les mesures de support sans précédent allaient apporter, les marchés ont par la suite pu compter sur la parution de données économiques pour confirmer le bon fonctionnement des mécanismes de transmission. Un des indicateurs ayant particulièrement plu aux marchés fut la hausse record du revenu réel disponible des ménages.

 
Source : Statistique Canada

L’effet combiné de l’apport de revenus de soutien et d’une réduction des dépenses suite au confinement a fait bondir cette statistique au Canada à plus de quatre écarts-types de sa moyenne des 60 dernières années

Au-delà de la capacité des ménages à pouvoir dépenser, plusieurs autres indicateurs ont de leur côté confirmé que l’argent était réinvesti dans l’économie. Les statistiques de ventes au détail, celles de maisons neuves et existantes, le nombre de mises en chantier ainsi que les commandes de biens durables ont surpris par leur augmentation marquée, retrouvant même leur niveau d’avant crise et davantage.


Source : Bloomberg

LE DÉbut de la deuxième vague

L’ombre au tableau de ce troisième trimestre qui a surpassé les attentes, demeure la détérioration progressive des données reliées à la COVID-19 vers la fin du mois d’août. Le retour en classe avait déjà été identifié comme un défi à surmonter mais tout portait à croire que d’autres facteurs aggravants s’ajouteraient par ailleurs à la liste. Parmi ceux-ci, notons un non-respect grandissant des consignes et directives de santé publique attribuables en partie à une forme d’épuisement mental de la population mais surtout à l’entêtement d’un groupe restreint d’individus qui refusent de croire au bien-fondé des mesures de réduction de la propagation. À l’échelle mondiale, l’évolution du nombre de nouveaux cas se divise en trois groupes : d’abord les pays dont les données continuent de s’améliorer (Australie et Japon), ceux qui subissent une détérioration (Canada, Italie et Allemagne) et finalement ceux dont la situation actuelle supplante le degré de sévérité qu’ils ont connu lors de la première vague (États-Unis, France et Royaume-Uni).


Source : Our World in Data

Ce retournement de situation relativement à tout le progrès accompli depuis le mois de mars presque partout dans le monde a plombé les résultats des marchés boursiers en septembre. Il a aussi incité les autorités de certains pays – ceux prônant la limitation des vecteurs de transmission comme outils de lutte à la pandémie - à mettre en application de nouvelles consignes et directives plus restrictives.

Face à ce recul indéniable, il ne faut toutefois pas perdre de vue un aspect plus positif qui confirme, entre autres, une meilleure compréhension de la maladie : le nombre de décès n’observe plus la même tendance à la hausse par rapport au nombre de cas.


Source : Our World in Data

Cette tournure indique une amélioration des plans de traitement mais pourrait également être reliée à une évolution du virus, où celui-ci deviendrait à la fois plus contagieux mais moins mortel. Le port du couvre-visage permet aussi de réduire la quantité de charge virale transmise et donne ainsi le temps au système immunitaire de la personne infectée de mieux contre-attaquer. L’envers de cette observation réjouissante est l’augmentation du nombre de cas chez les gens plus jeunes et en meilleure santé. Cette réalité renferme le risque potentiel d’engorger le système de santé par des hospitalisations prolongées et de mener à des décès qui ne seront pas directement liés à des infections au coronavirus[1]. Une telle éventualité mène à des conséquences qui sont tout aussi dommageables sur le plan humain qu’économique.

UNE ÉLECTION DÉTERMINANTE

Nous entrons dans la dernière étape d’un événement dont la résultante pourrait avoir des répercussions majeures sur les marchés : l’élection présidentielle américaine ! En effet, la polarisation extrême de l’électorat combiné à la position de l’administration en place - les républicains considèrent le processus comme étant parsemé de fraudes et menacent de contester un résultat qui leur serait défavorable - pourrait plonger les États-Unis dans un chaos politique prolongé en cas de vote serré. Selon le Dr. Lawrence Douglas, professeur de droit, de jurisprudence et de pensée sociale au Amherst College, tous les ingrédients sont actuellement réunis pour qu’un tel scénario se concrétise[2]. La période de 79 jours comprise entre le lendemain de l’élection et l’assermentation du 20 janvier 2021 ne risque pas de connaître un dénouement aussi paisible que le recomptage auquel l’élection opposant l’ancien président George W. Bush au démocrate Al Gore en 2000 avait mené.

Compte tenu de l’avance dont Joe Biden dispose dans les sondages, il est logique de se pencher sur les impacts potentiels que sa présidence pourrait avoir sur les différents secteurs du marché.


Source : BBC

En se basant sur les initiatives politiques connues en matière de commerce, d’éducation, de santé et autres, la majorité des secteurs ne se verraient que très peu touchés. Toutefois, certains secteurs  pourraient probablement bénéficier d’un changement de garde alors qu’un léger  nombre se retrouveraient sûrement pénalisé


Source : Gestion FÉRIQUE

Sans apporter de changement aussi marqué du point de vue sectoriel, un second mandat de l’administration Trump amènerait une accélération des politiques existantes, c’est-à-dire plus de restrictions au niveau de l’immigration et des échanges commerciaux, d’autres baisses d’impôt, davantage de dérèglementation, ainsi que des projets d’infrastructure.

Peu importe l’administration en place à la suite de l’élection présidentielle, les grandes entreprises du secteur des technologies de l’information subiront une pression accrue du point de vue fiscal. Ces géants sont depuis longtemps critiqués pour leur faible imposition et le gouvernement américain aura besoin de recettes fiscales importantes afin de pallier au déficit imposant que la crise a amené.

PERSPECTIVES EMBROUILLÉES

À ce jour, au-delà du tiers des sociétés de l’indice S&P 500 ont décidé de ne pas présenter de prévisions de bénéfice par action (BPA) pour l’année financière 2020 en raison de l’incertitude liée à la pandémie. Au cours du second trimestre, seulement 49 d’entre elles en ont divulguées, ce qui représente une baisse de 54 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. En fait, ce nombre représente le plus bas total jamais enregistré, supplantant du coup le record précédent établi suite à la grande crise financière.

Source : Factset[3]

Sans être annonciatrice de la direction que les résultats des prochains trimestres prendront, cette situation témoigne toutefois du niveau de difficulté auquel les analystes sont actuellement soumis dans l’exercice de leurs prévisions. Dit autrement, il règne présentement un brouillard qui s'étend sur un grand nombre d'entreprises. En l’absence de chiffres prospectifs, il peut être périlleux pour certaines firmes de s’engager dans des projets qui nécessitent des investissements importants.

 

[3]http://insight.factset.com/topic/earnings

une économie en pleine adaptation

La pandémie a créé des gagnants et des perdants de façon soudaine et exceptionnelle. Nous sommes témoins de ces nombreux cas : l’immobilier commercial vis-à-vis le résidentiel en périphérie, l’industrie du voyage et du transport aérien par rapport au tourisme local et les véhicules récréatifs, les emplois nécessitant un contact direct et ceux pouvant être effectués à distance. La transformation de plusieurs modèles d’affaires est déjà enclenchée.

Des effets à plus long terme de la crise sanitaire s’orchestreront et apporteront un nouvel élan au sein de plusieurs industries. De nombreux gouvernements à travers la planète devront augmenter leurs investissements dans le secteur de la santé afin de mettre celui-ci à niveau. Le secteur de la biotechnologie devrait profiter de cette tendance. Les entreprises dont le modèle d’affaires repose sur un avantage compétitif lié à une ou des technologies auront également la cote. Certains diront par contre que les titres de cette nature se sont déjà beaucoup appréciés. Un coup d’œil à la valorisation historique des principaux secteurs où l’on retrouve ce type d’entreprise nous permet de constater que nous sommes encore loin du niveau qui avait été qualifié au tournant des années 2000 de « bulle technologique ». Le graphique suivant présente le cours sur la valeur comptable de ces secteurs au sein de l’indice MSCI Monde. Notons qu’une autre mesure commune, le ratio cours-bénéfice prévu dans 12 mois, arrive à la même conclusion.


Sources : BCA Research et MSCI

Les problèmes d’approvisionnement qui ont été rencontrés en début de crise et qui dans certains cas persistent encore forceront un retour vers la production domestique. Afin de pallier à la perte de la main-d’œuvre étrangère moins coûteuse, une intensification de l’automatisation de la production sera nécessaire en Amérique. Les biens d’équipement et la robotique tireront parti de cette modulation.   

La nouvelle normalité

L’arrivée d’une nouvelle vague (deuxième ou troisième selon la région) et l’élection américaine sont des facteurs majeurs de risque pour les marchés. Du côté épidémiologique, l’expérience passée joue toutefois en notre faveur : les protocoles d’intervention sont rodés et plusieurs pans de l’économie se sont déjà adaptés. Le ralentissement de l’activité économique, qu’un retour vers des mesures de confinement plus sévères pourrait causer, a de bonnes chances d’être perçu comme temporaire par les acteurs du marché. Il ne faut pas perdre de vue les avancées jusqu’à présent dans la mise sur pied d’un vaccin. L’arrivée de celui-ci, aussi difficile à prévoir soit-elle, pourrait surprendre et devancer les délais préétablis.

Il ne faut donc pas percevoir l’éventualité de quelques mois plus incertains comme une feuille de route à long terme. Une vision plus globale de la situation permet d’entrevoir l’éventuelle disparition des facteurs de risque automnaux et de se concentrer sur les possibilités que la transition de l’économie et des modèles d’affaires offriront.

Ainsi, tout comme les mesures sanitaires, les bonnes vieilles règles de base en matière d’investissement se doivent d’être respectées ! Tenter de prévoir les mouvements à court terme et de synchroniser une grande partie de son portefeuille est une recette perdante. Maintenir une bonne discipline est la clé qui nous permet de traverser les écueils d’une année qui nous force, collectivement, à nous réinventer.

En vous souhaitant une belle fin d’année à tous,

L’équipe de gestion des placements de Gestion FÉRIQUE

PERSPECTIVES ET ENJEUX

Considérant l’appréciation importante que le dollar américain a connu depuis le début de cette correction boursière mondiale, et ce, malgré un différentiel de taux d’intérêt qui a grandement fondu par rapport aux autres nations, nous devrions nous attendre à un certain rééquilibrage de cette dynamique au cours des prochains mois.

DXY et différentiel de taux court terme

Source : Gestion FÉRIQUE

Cette cherté du dollar américain crée des conditions de marché difficiles pour certaines nations et pourrait mener à une intervention coordonnée afin d’en abaisser la valeur. Un dollar américain plus faible équivaut à un assouplissement des conditions monétaires mondiales, une situation qui ne pourrait que contribuer à la reprise de la croissance. Cette mesure s’ajouterait à toutes celles qui ont été mises en place dernièrement afin de rassurer les marchés financiers.

Différentes mesures de soutien monétaires et fiscales ailleurs dans le monde

Sources : BCA Research et Gestion FÉRIQUE

 

En plus de rassurer les marchés, l’ensemble de ces dispositions stimuleront la reprise de manière soutenue jusqu’à un retour vers les niveaux de croissance d’avant-crise. Un autre point à considérer pour les marchés d’outremer est l’évolution de la situation en Italie. En effet, les plus récentes données semblent indiquer un point tournant dans le facteur de retransmission.

Italie - Evolution de la COVID-19

 
Source: European Centre for Disease Prevention and Control

Cette situation n’est pas sans rappeler ce qui s’est produit en Asie.

Asie - Nouveaux cas de la COVID-19 / jour 
(moyenne mobile 3 jours)

  Source: European Centre for Disease Prevention and Control

 

Conclusion


Il n’y a aucun doute que les prochaines données économiques seront très défavorables et susceptibles de nous faire angoisser par leur niveau sans précédent. Bien que l’incertitude demeure quant à la progression du virus, plusieurs éléments nous permettent d’entrevoir la suite avec un optimisme prudent. D’abord, les banques centrales ont fait leur travail et ont réagi beaucoup plus rapidement que par le passé. Les gouvernements ont eux aussi été prompts, à tout le moins en ce qui concerne l’adoption de programmes de soutien économique.

L’expérience vécue par des nations ayant eu à intervenir avant nous et l’ayant fait avec efficacité, nous sert de feuille de route et nous redonne espoir face à un retour progressif vers la normalité. Si nous considérons l’effet que les mesures de soutien auront lorsqu’elles seront pleinement déployées, ainsi que notre capacité à adapter nos chaînes d’approvisionnement et nos méthodes de travail, nous disposons d’une fenêtre nous permettant d’espérer un dénouement comparable à celui des autres crises auxquelles nous avons fait face par le passé et que nous avons brillamment surmontées. Pour les investisseurs qui ont une approche axée sur le long terme, il est bon de rappeler que les marchés repartent avant la fin d’une récession et qu’historiquement, ces hausses nous ont toujours menés vers de nouveaux sommets.

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[1] https://www.lapresse.ca/covid-19/2020-10-07/une-deuxieme-vague-plus-jeune.php

[2] Will He Go? : Trump and the Looming Election Meltdown in 2020, Grand Central Publishing, May 19, 2020.


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