Lettre financière Troisième trimestre de 2018

Revue des marchés

Par Louis Lizotte, CFA, FRM, vice-président, Gestion des placements, Gestion FÉRIQUE

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Source : MSCI

Sources : Banque du Canada, Réserve fédérale de St-Louis, Agence d'information sur l'énergie des États-Unis

 

SOMMAIRE

Déjà la fin du troisième trimestre, que peut-on en conclure ? La synchronisation mondiale de 2017 a fait place à une désynchronisation. En effet, l’économie américaine a poursuivi sa progression alors que la situation s’est  embrouillée ailleurs dans le monde. Les performances des marchés boursiers reflètent cette tendance, les  entreprises américaines continuant d’engranger des profits records. Un enjeu important ce trimestre a été l’escalade des tensions commerciales. Même si les répercussions directes sur les différentes économies en cause demeurent faibles, le message envoyé et l’incertitude qui en découle pourraient bien causer plus de tort à long terme. Il faut se souvenir que la  mondialisation, surtout depuis le début des années 90, a eu un effet fortement déflationniste en raison de l’inclusion dans la chaîne de production mondiale d’une masse de travailleurs à faible salaire en provenance de pays émergents. Des mesures tarifaires et autres mouvements protectionnistes auraient l’effet contraire et  provoqueraient une poussée inflationniste potentiellement importante.

 

Au début de l’année, le consensus était ferme au sein des firmes de gestion, d’économistes et de stratèges quant au statut favorable et synchronisé de l’économie mondiale et aux rendements que l’on envisageait positifs et dans les moyennes historiques. Il est intéressant de noter que le discours commence à changer. En effet, une certaine polarisation des opinions se manifeste, notamment sur les perspectives du marché boursier américain et des marchés émergents.


Sans surprise, les rendements des différentes classes d’actifs sont donc disparates ce trimestre.

 



Source : Gestion FÉRIQUE

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

La croissance économique poursuivant son chemin, les banques centrales du Canada et des États-Unis ont augmenté à nouveau leurs taux directeurs : la Réserve fédérale américaine (Fed) en juin puis en septembre, et la Banque du Canada (BdC) en juillet.

 

Évolution des taux directeurs canadien et américain

 

 

Source : Gestion FÉRIQUE

 

La BdC ne peut laisser s’accroître l’écart entre son taux directeur et celui des États-Unis puisque ceci ferait déprécier le huard, ce qui ajouterait aux pressions inflationnistes. 

Bien que l’économie canadienne ralentisse quelque peu, les taux d’intérêt à plus long terme ont augmenté au Canada, influencés par le ton plutôt optimiste de la banque centrale.

Dans ce contexte, le Fonds FÉRIQUE Obligations a obtenu un rendement de -0,8 % pour le trimestre.  De son côté, le Fonds Revenu Diversifié a généré un rendement de 0,3 %.

 

PERSPECTIVES ET ENJEUX

À titre de rappel, le taux directeur établi par la banque centrale selon sa politique monétaire est le point d’ancrage du reste de la courbe des taux d’intérêt.  Les taux à plus long terme reflètent en quelque sorte les forces de l’offre et de la demande du marché et ont une incidence directe sur le coût du crédit, de même que sur le prix des autres classes d’actifs comme les actions. D’ailleurs, une certaine volatilité est palpable sur les marchés boursiers depuis le début d’octobre dû à l’augmentation des taux d’intérêt. Comme expliqué dans une lettre précédente, la valeur d’une entreprise représente l’actualisation de ses bénéfices futurs. Des taux plus élevés équivalent à une valeur actualisée plus faible. Ainsi, les entreprises dont les actions sont considérées comme coûteuses actuellement sont plus à  risque d’être réévaluées. Ceci dit, jusqu’où montera le taux directeur? 

La phase de resserrement des conditions monétaires étant entamée, les banquiers centraux souhaitent atteindre ultérieurement le taux dit « neutre », soit le taux d’équilibre qui permet à l’économie de progresser à un rythme soutenable à long terme. À priori, le pourcentage exact est difficilement identifiable, mais les banques centrales et leurs légions d’économistes l’estiment et le révisent sachant que l’efficacité de leur politique monétaire en dépend. Autant la BdC que la Fed l’évaluent actuellement à 3 %. On considérera donc la politique monétaire accommodante tant que le taux directeur sera sous cette barre.

Ainsi, tant que l’économie progresse et que l’inflation est contenue, il devrait y avoir une progression des taux vers 3 %. Telles que publiées, les prévisions de hausses par la Fed démontrent que vu la bonne tenue de l’économie, le taux neutre serait atteint vers la fin de 2019. 

Taux directeurs du Canada et des États-Unis

 

Source : Bloomberg

Au Canada, la BdC ne publie pas ses projections. Or, selon les attentes actuelles des investisseurs qui transparaissent sur les marchés, il est possible de conclure que le taux neutre ne sera pas atteint de sitôt. Par contre, la patience de la Banque sera maintenant mise à l’épreuve avec le nouvel accord nord-américain (AEUMC). Le prétexte de l’incertitude pour ne pas augmenter le taux ne tient plus! 

D’ailleurs, la courbe des taux d’intérêt et le dollar canadien se sont ajustés rapidement à cette réalité. Maintenant, il s’agit simplement de gérer le niveau d’inflation et la capacité de rembourser la dette des Canadiens.

Ultimement, les deux banques centrales veulent « neutraliser » leur politique monétaire respective, mais surtout, se donner de la marge pour réagir quand les temps seront plus difficiles.

 

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

Le marché boursier canadien, mesuré par l’indice MSCI Canada, a obtenu un rendement de -0,8 % au troisième trimestre. Le meilleur secteur depuis le début de l’année est celui de la santé, mais rien n’est santé dans les titres qui contribuent à ces résultats. Ceux-ci semblent « dopés » par l’espoir qu’un grand nombre de Canadiens se mettront à consommer la substance lorsqu’elle deviendra légale. Disons que la productivité canadienne risque d’en souffrir si c’est le cas.

Perspective et enjeux

Alors, concernant l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC), premier commentaire, sa prononciation est plus ardue que le défunt ALENA! Au moment d’écrire cette lettre, les clauses et leurs impacts connus sont limités. On sait que la gestion de l’offre est maintenue, mais pas tout à fait intacte puisque les concessions sont les mêmes que pour l’Accord de partenariat transpacifique que les États-Unis n’ont finalement pas ratifié. Aussi, l’AEUMC sera en vigueur pour seize ans, mais devra être revu tous les six ans.

Globalement, c’est un bon Accord pour le Canada, en ce sens que les Américains ont finalement abandonné leurs demandes les plus extrêmes, par exemple, l’expiration de l’Accord après cinq ans, l’abolition de la gestion de l’offre et l’abolition du chapitre 19 de l’ALENA. Les entreprises importatrices et exportatrices sont maintenant en mesure de planifier le futur. De plus, l’absence d’entente aurait probablement été pire étant donné l’incertitude permanente que cela aurait engendré… ce que nous ne saurons jamais.

Ceci dit, en termes de prévisions de croissance économique, peu a changé au Canada puisque la majorité des économistes tablaient sur une conclusion positive aux discussions. La Banque du Canada n’a maintenant plus de raisons de ne pas hausser le taux directeur en octobre et, possiblement, en décembre.

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

À l’instar de 2017, le secteur de la technologie de l’information (TI) mène la parade depuis le début de 2018, malgré une meilleure performance des titres plus défensifs en juillet et en septembre qui reflète une certaine disparité entre les mois du trimestre. 

 

Rendements par secteur de juillet à septembre (MSCI États-Unis)

Source : MSCI


Rendements par secteur jusqu’au 30 septembre (MSCI États-Unis)

 

Source : MSCI

Le marché boursier américain a obtenu un rendement de 5,6 % (MSCI États-Unis en $ CA). L’appréciation du dollar canadien par rapport au dollar américain a occasionné une diminution du rendement d’environ 2 %. 

PERSPECTIVES ET ENJEUX

Le marché boursier américain se démarque clairement des autres marchés depuis 2017. La raison en est simple : les entreprises des secteurs de la TI et de la consommation discrétionnaire dominent en termes de profits et d’engouement et ces secteurs sont surreprésentés à la bourse américaine. De leur côté, les marchés mondiaux ont un secteur financier plus imposant, tout comme le Canada.

 

Répartition sectorielle au 30 septembre 2018

Source : MSCI.

Il est à noter que la composition des secteurs a été modifiée pour l’ensemble des indices boursiers. Des  entreprises comme Facebook et Alphabet de Google sont passées du secteur de la TI au secteur des services de communications, qui a ainsi gagné en importance. 

Maintenant, selon plusieurs experts, le marché pourrait quand même être positif pendant un certain temps, toujours porté par les baisses d’impôts du début d’année. Considérant les attentes très élevées, le maintien des profits des entreprises déterminera la suite des choses, surtout que des vents contraires se lèvent, qui finiront par avoir des conséquences importantes : 

  • Les salaires augmentent, finalement : super pour les travailleurs, moins pour la masse salariale des entreprises et pour l’inflation;
  • Le dollar américain s’est apprécié : super pour les rendements en dollars canadiens, moins pour les profits des entreprises exportatrices et pour l’inflation;
  • Les taux d’intérêt augmentent : le coût de financement augmente et surtout, le taux pour actualiser les profits futurs augmente. En contrepartie, la valeur présente des entreprises diminue. Selon BCA Research, le seuil critique qui pourrait amener une vague de réévaluation des marchés est lorsque le taux américain de 10 ans atteindra entre 3,75 à 4,00 %. Il était à 3,2 % le 10 octobre dernier.

La bonne nouvelle est que si les taux d’intérêt augmentent c’est que l’on anticipe une croissance économique, mais il y a une limite.

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

Pendant le trimestre, l’appréciation du dollar canadien, notamment face au yen (4,3 %) et à l’euro (2,3 %), a réduit les rendements provenant de ces marchés. Les indices MSCI Europe, MSCI Asie Pacifique (tous pays) et MSCI Marchés Émergents ont obtenu respectivement des rendements de -0,9 %, de -1,2 % et de -2,7 %.

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

Pendant le trimestre, l’appréciation du dollar canadien, notamment face au yen (4,3 %) et à l’euro (2,3 %),  a réduit les rendements provenant de ces marchés.Les indices MSCI Europe, MSCI Asie Pacifique (tous pays) et MSCI Marchés Émergents ont obtenu respectivement des rendements de -0,9 %, de -1,2 % et de -2,7 %. 

PERSPECTIVES ET ENJEUX

Ces dernières années, il y a eu une bonne diversité des meneurs en termes de rendements des marchés sur une base géographique. Oui, les actions américaines ont été en tête en 2018, mais on observe que le détenteur de la pole « position » change tous les ans.

 

Comparaison des MSCI par région

Indice

   

Note : En dollar canadien
Source : MSCI

Après une bonne année 2017, soutenue par la hausse de l’euro, les résultats sont plus modestes cette année en Europe. Il y a les enjeux politiques (ex. Italie et Brexit), ainsi que les difficultés en Turquie qui pèsent sur le marché boursier européen. Quoique leurs actions s’échangent à des multiples intéressants, l’effet se fait  surtout sentir chez les banques européennes qui inquiètent par leur exposition aux zones à risque actuellement, comme les pays émergents (Turquie) et l’Italie. 

Pour le Japon, outre le fait que ce pays soit fortement dépendant du commerce mondial, le trimestre a été bénéfique. C’est grâce, entre autres, à l’effet positif de la confirmation du premier ministre Abe comme leader du Parti libéral-démocrate (LDP).

Là où ça se gâte, c’est du côté des actions des marchés émergents. Depuis le début de l’année, ils ont été fortement affectés par la hausse du dollar américain et les incertitudes concernant le commerce mondial.

Comme mentionné en introduction, il y a divergence quant aux perspectives des marchés émergents et américain. Certains croient que ce dernier dominera encore un certain temps pour les raisons  évoquées en amont et parce que le billet vert continuera sa progression. D’autres perçoivent ce marché  comme étant cher. Les firmes plus favorables aux marchés émergents sont d’avis que l’augmentation du dollar américain a atteint son apogée et qu’il reflète déjà les quatre hausses de taux de la Fed qui devraient avoir lieu d’ici la fin de 2019. Sans autres facteurs, comme l’inflation qui s’emballe, le dollar devrait ainsi se maintenir au niveau actuel et permettre aux actions de pays émergents de souffler un peu. 

Ultimement, beaucoup dépend de la Chine qui tente actuellement de diminuer son endettement tout en  intégrant des réformes structurelles importantes. Est-ce que les autorités chinoises vont intervenir  massivement pour soutenir l’économie comme en 2009 et en 2015? Et les tarifs? Certes, le président  américain va tenter de régler (ou de gagner, c’est selon) avant les élections de mi-mandat, mais la Chine peut se permettre de tenir tête aux Américains. De plus, le fait que le président Trump négocie par le bais des médias et confronte ouvertement les dirigeants chinois semblent avoir eu pour effet de les braquer.  Évidemment, vu l’ambition de la Chine de devenir la puissance économique du futur, ceux-ci ne voudront pas perdre la face. 

Conclusion


Ce qui est largement considéré comme une fin de cycle aux États-Unis pourrait durer encore un certain temps. Traditionnellement, cet environnement est plutôt positif sur le plan des rendements boursiers.  

 

Certains croient que les actions américaines continueront de surperformer, alors que d’autres voient actuellement les pays émergents comme étant la bonne occasion.

 

Par contre, la hausse des taux d’intérêt et l’effet de la réévaluation de certains titres ou secteurs est à surveiller. Si on se fie à la tendance des dernières années, la meilleure classe d’actifs change tous les ans. Or, ce constat n’a rien de bien scientifique et on cherche encore les indices d’une éventuelle récession. Pourquoi? Parce que les marchés baissiers l’accompagnent invariablement. Selon BCA Research, la combinaison des trois indicateurs suivants a su prédire toutes les récessions depuis les années 50 :

 

  • Inversion de la courbe de taux d’intérêt
  • Contraction du LEI 1
  • Taux directeur de la Fed au-delà du taux neutre (politique monétaire restrictive).

Le verdict? Aucun de ces signaux n’est actuellement en zone critique. 

 

Au plaisir !

 

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