Lettre financière Quatrième trimestre de 2020

Revue des marchés

Par Louis Lizotte, CFA, FRM, vice-président, Gestion des placements, GestionFÉRIQUE

Version imprimable

SOMMAIRE

«Keep Calm and Carry On»

Ceux et celles d’entre vous qui ont eu la chance de visiter Londres, en des temps où cela était possible, ont sûrement déjà remarqué ce fameux slogan. Il faisait partie de la stratégie du gouvernement britannique visant à soutenir le moral des citoyens lors de la Seconde Guerre mondiale. Comme il avait été planifié d’en faire usage lors d’une éventuelle invasion allemande, celui-ci n’a finalement jamais été dévoilé lors de ce conflit. Il fallut attendre plus de 60 ans avant que ce dernier ne réapparaisse, par hasard, et qu’il soit repris d’abord pour exprimer le sentiment ambiant post-crise financière de 2008 et fasse ensuite l’objet de nombreux mèmes Internet [1].

L’année que nous venons de vivre colle aisément à ce vieux slogan. D’une part, il fallait effectivement conserver son calme en mars et résister à la tentation de liquider ses actifs. De l’autre, malgré l’arrivée de vaccins, il nous faudra continuer d’observer les consignes sanitaires recommandées pour une période prolongée si l’on désire vaincre cette pandémie. L’optimisme prudent avec lequel nous abordions au départ l’année 2020 a fait place à d’importants soubresauts ainsi que la nécessité de revoir nos paramètres prévisionnels. Voici donc une revue de cette année qui fut tout sauf tranquille, ainsi que ce à quoi nous devrions nous attendre pour 2021.


[1] Élément ou phénomène repris et décliné en masse sur Internet.

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

La volte-face, en 2019, de la tendance vers un resserrement des conditions monétaires avait mené à une performance obligataire au-delà des attentes pour cette année-là. Par conséquent, les perspectives pour 2020 s’avéraient plus modestes, compte tenu du niveau de départ des taux d’intérêt et d’un contexte d’accélération de la croissance économique. Bien malin qui aurait prévu que des circonstances extraordinaires nous mèneraient 12 mois plus tard à citer les obligations comme l’une des classes d’actifs les plus performantes de l’année!

Assouplissement rapide et tous azimuts des conditions monétaires

En plus d’abaisser leur taux directeur au plancher, les banques centrales n’ont pas lésiné sur les moyens afin de maintenir le bon fonctionnement du marché de la dette et un financement à faible coût. Ainsi, la Banque du Canada a finalement emboîté le pas et suivi les traces de ses homologues du G7 en faisant usage de mesures quantitatives d’assouplissement.

En devenant un important acheteur de titres à revenu fixe, notre banque centrale a certes contribué à réduire le coût d’emprunt des ménages et des entreprises, mais elle a également poussé le prix des obligations courantes à la hausse. Dans ce contexte, il n’est donc pas étonnant que cette classe d’actifs ait surpassé les attentes de rendement des prévisionnistes pour l’année 2020.

PERSPECTIVES ET ENJEUX

Pour la suite des choses, les instruments de revenu fixe devront composer avec les conséquences de ce qui a fait leur succès au cours des deux dernières années. Le niveau actuel des taux d’intérêt rend le rendement courant des obligations peu attrayant et restreint  leur potentiel d’appréciation. Il est donc peu probable que nous revivions une performance à la hauteur de l’histoire récente.

Il faut toutefois noter que malgré le fait que les attentes face à l’inflation demeurent bien ancrées autour de 2 %, le niveau actuel demeure un souci duquel la Banque du Canada ne peut faire abstraction. Ainsi, les efforts visant à ramener l’inflation vers sa cible, comme par exemple la répartition des achats d’actifs par les autorités monétaires vers des échéances à plus long terme, limite le risque baissier des titres obligataires. De plus, dans un environnement où la reprise économique se poursuit, les obligations de sociétés devraient bien réagir et contribuer positivement à la performance.

Le retour vers la cible d’inflation

Les capacités excédentaires que la pandémie a provoquées dans l’économie pèsent sur l’inflation et il faudra du temps afin qu’elles se résorbent. Il est donc improbable qu’une inflation trop élevée ne mette un terme à la détente monétaire et force un resserrement au cours des 12 prochains mois. Bien que faibles, les probabilités d’un échec de la reprise en cours et d’une récession à double creux ne sont pas nulles. Dans cette optique, les titres à revenu fixe représentent une protection face à ce scénario ainsi qu’une occasion de rendement à la fois modeste et peu risquée au sein d’un scénario central.

Les circonstances exceptionnelles de 2020 sont venues teinter les résultats boursiers de différentes façons. Elles ont, entre autres, créé un clivage important entre certains secteurs d’activités qui a mené à une division de gagnants vs perdants : d’un côté des entreprises lourdement affectées par la pandémie et de l’autre, celles qui n’auraient pu demander mieux. Ainsi, les performances géographiques pour l’ensemble de l’année sont en bonne partie le reflet de la composition des marchés boursiers des différents pays à travers le globe. Au final, on peut dire que les bourses se sont généralement bien tirées d’affaire même si dans l’ensemble, les performances de ces dernières reposent sur un stimulus fiscal record, dont nous devrons nous occuper ultérieurement.

  

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

Le marché boursier canadien n’était pas le mieux outillé pour faire face aux conditions engendrées par la crise sanitaire. Son exposition au secteur de l’énergie, de 3 à 5 fois plus importante que celle des autres places boursières, lui a été défavorable, mais c’est sans oublier que la finance représente plus du tiers de sa composition totale, soit environ le double des marchés ailleurs dans le monde.

Ces fortes concentrations au sein de secteurs durement touchés ne fut pas le seul vent de face du côté domestique. Sa faible exposition aux secteurs les plus favorisés a également joué un rôle important. Ainsi, un manque de représentation au sein des technologies de l’information, des services de communication et des soins de santé a limité ses possibilités de gains.  

Malgré ces facteurs désavantageux, le marché boursier canadien a tout de même engrangé un rendement positif de 4,4 % en 2020, tel que mesuré par l’indice MSCI Canada. 

PERSPECTIVE ET ENJEUX

Le contexte de reprise cyclique qui se dessine avec l’arrivée de divers vaccins et une éventuelle sortie de confinement demeure très positif pour l’économie canadienne. Une accélération de la croissance mondiale, combinée aux écarts importants de valorisation qui se sont créés au cours de l’année entre les gagnants et les perdants, fournirait les ingrédients nécessaires afin que le marché boursier canadien rebondisse de belle façon.

Une façon simple de décrire ce qui est susceptible de se produire est que les gagnants de l’an passé ont de réelles chances d’être les perdants de 2021 et vice versa. Ainsi, le biais « valeur » pourrait finalement sortir de sa longue torpeur et damer le pion aux titres dits « croissance » qui se retrouvent en grand nombre parmi les entreprises ayant bénéficié du contexte pandémique.

Le  plus grand risque pouvant nous faire dérailler de cette trajectoire est l’atteinte du point de rupture du réseau de la santé. Une telle situation forcerait la mise en application de mesures de confinement encore plus draconiennes que celles que nous avons connues jusqu’à maintenant. En plus de faire avorter la reprise, un prolongement de crise causerait des dommages permanents à certains pans de l’économie. 

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

Une année d’élection au sein d’un pays hautement divisé politiquement annonçait une volatilité accrue pour le marché boursier américain. De surcroît, le nombre record de votes par anticipation à l’élection présidentielle a prêté flanc aux attaques sur la légitimité du résultat. Les sources d’inquiétudes ont été nombreuses et récurrentes mais au final, l’ingrédient principal était au menu afin que la domination de ce marché se poursuive. Comme illustré dans le graphique suivant, le marché américain s’est démarqué du reste du monde de manière définitive au moment où l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) déclarait la COVID-19 pandémie mondiale. 

La composition du marché américain, avec notamment plus du quart des actions dans le secteur des technologies de l’information, a été idéale pour lui permettre de pousser encore plus loin sa domination de la dernière décennie. Selon l’indice MSCI États-Unis (en $ CA), sa performance a été de 19,2 % au cours de 2020. 

PERSPECTIVES ET ENJEUX

Si l’on porte un regard plus approfondi sur la montée du marché américain des dernières années, on remarque que celle-ci émane en bonne partie du succès démesuré de quelques entreprises. Bien qu’elles soient toutes des sociétés dont la technologie est le fer de lance, leur dénominateur commun demeure avant tout leur capacité à exploiter un flou dans les règles de libre marché et d’exercer un niveau de monopole élevé au sein de leurs champs d’activité. L’étau se resserre pour ces géants technologiques et le pouvoir législatif cherchera de plus en plus à réduire leur dominance en imposant de nouvelles règles pour préserver la concurrence. Cette tendance est bien installée car elle fait consensus aux États-Unis autant chez les républicains que les démocrates, de même qu’ailleurs dans le monde, comme le témoigne le traitement en cours de l’empire de Mr. Ma et d’Alibaba par les autorités chinoises. 

Cette pression grandissante n’est pas le seul élément qui devrait défavoriser le pays de l’Oncle Sam sur une base relative. L’environnement macroéconomique, avec une accélération de la croissance mondiale en sortie de crise, jumelé à la faiblesse du dollar américain, est très porteur pour les titres cycliques. Ces conditions sont propices au retour en vogue du biais « valeur », ce qui n’est pas à l’avantage du marché boursier américain.

Malgré la probabilité qu’elles ne tiennent plus le haut du pavé, les actions américaines devraient néanmoins bien se comporter au cours de 2021. La toile de fonds demeure « bullish » pour les actions sur l’ensemble de la planète. Même si le transfert de pouvoir en début d’année amène la probabilité d’une volatilité accrue causée par l’administration sortante, la suite comporte les éléments requis pour livrer une performance boursière intéressante. D’un côté, la prolongation des mesures de support limitera l’augmentation des taux de défaut et de l’autre, le niveau important d’épargne accumulée jusqu’ici par les ménages américains finira par être réinjecté dans l’économie.

Le risque fondamental de ce scénario serait une perte de confiance des consommateurs face à une détérioration des données sanitaires et un prolongement des mesures de confinement au-delà de ce qui est attendu.

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

Du côté des actions mondiales, des disparités significatives ont été observées entre les régions. Tandis que la performance boursière en Asie a reflété sa forte exposition au secteur des TI et des services de communication, l’Europe a clairement souffert de son manque de représentation au sein de ces champs d’activité. Ce ne fut toutefois pas le seul obstacle à se dresser devant le marché européen. En effet, les problèmes structuraux auxquels l’Europe fait face depuis plusieurs années déjà n’ont pas aidé la situation. Le niveau élevé d’endettement de certains pays ainsi que les taux d’intérêt au plancher ont limité la marge de manœuvre des autorités.  

Sans grande surprise, l’indice MSCI Europe a conclu l’année 2020 avec un rendement exprimé en dollars canadiens plus modeste de 4,1 % alors que le MSCI Asie-Pacifique (tous pays) et le MSCI Marchés Émergents ont obtenu respectivement des rendements de 18,0 % et 16,4 %.

PERSPECTIVES ET ENJEUX

La toile de fond économique de la prochaine année devrait restreindre ce genre de divergence entre les régions et contribuer à ce que les actions mondiales surperforment cette fois-ci le marché américain.

D’abord en Europe, le feuilleton du Brexit semble se diriger sur la bonne voie grâce à une application provisionnelle devant mener à une ratification au cours du premier trimestre. A posteriori, bien que sa complexité puisse soulever d’éventuels désaccords, la clé de cette entente est qu’elle favorise le bon fonctionnement des échanges en évitant la mise en place de tarifs et de quotas.

Il y a ensuite la faiblesse généralisée du dollar américain qui devrait servir de support aux pays émergents. Cette tendance à la dépréciation du billet vert est attribuable au départ à une perte du différentiel de taux avantageux sur les dépôts effectués dans cette monnaie, mais également à sa nature anticyclique. Historiquement, le dollar tend à s’apprécier lorsque l’économie ralentit et vice versa.

  

La reprise cyclique déjà entamée continuera probablement de s’accélérer, permettant aux pays de ressources, comme le Canada et plusieurs économies émergentes, de bien s’en sortir au cours de l’année. Celle-ci devrait également permettre au secteur de la finance de se  remettre sur ses rails, particulièrement en Europe où il peine depuis longtemps maintenant. L’année 2021 risque d’être caractérisée par une migration des investisseurs vers les marchés mondiaux, une rotation vers les titres cycliques et un rattrapage du biais « valeur » face à celui de « croissance ».   

Les marchés mondiaux devraient également bénéficier du changement de garde à la Maison-Blanche. La nouvelle administration Biden diminuera vraisemblablement les tensions commerciales entre les États-Unis et le reste du monde et insufflera, notamment par un retour au sein de l’accord de Paris, un élan au plan vert mondial.

 

Conclusion


Suite à ce que nous venons de vivre en 2020, il est assez facile d’entrevoir la nouvelle année avec davantage d’optimisme! Les ingrédients nécessaires à la poursuite de la reprise économique et d’un retour vers un fonctionnement plus normal de nos activités sont en place. Il ne reste qu’à exécuter le plan adéquatement, une tâche qui peut paraître simpliste mais qui représente également le plus grand obstacle à la concrétisation de ce programme. La question de l’endettement massif sur laquelle les gouvernements doivent se pencher est sans contredit un grave problème, mais dont l’importance est minimisée à court terme. L’environnement de taux bas et les mesures de contrôle que les banques centrales continueront d’exercer feront en sorte que les gouvernements pourront s’attaquer à la réduction de leur dette une fois que tout le reste sera réglé.  

Le processus de vaccination prendra un certain temps mais les marchés s’y attardent moins dans l’immédiat, ils se concentrent plutôt sur l’état de la situation dans un horizon de 6 à 12 mois. Dans cette optique, il est bon de se rappeler que la pandémie nous a forcé, collectivement, à revoir plusieurs de nos modes de fonctionnement et nous a donné l’occasion de les faire évoluer. Par exemple, notre rapport face aux heures perdues dans la circulation ne sera jamais plus le même. L’année 2020 a aussi laissé sa marque sur l’investissement (?) responsable en soulignant l’ampleur des inégalités qui existent et en nous rappelant l’importance que la relance évolue  vers un mode de développement plus durable afin d’éviter les conséquences d’autres enjeux. 

Comme chaque nouvel an apporte l’espoir de jours meilleurs, souhaitons-nous une fin de confinement au cours de 2021 et d’ici là, comme le disent les Britanniques : 

« Restons calmes et continuons ».

Santé et prospérité à tous!

POUR NOUS JOINDRE

Pour discuter des marchés et de votre stratégie de placement, contactez votre planificateur financier et représentant en épargne collective de Services d’investissement FÉRIQUE.

Gestion privée
T 514 840-9204
Sans frais 1 855 337-4783
gestionprivee@ferique.com
Service-conseil
Services d'investissement FÉRIQUE
Ouvert de 8 h à 20 h, du lundi au vendredi
T 514 788-6485
Sans frais 1 800 291-0337
client@ferique.com



FÉRIQUE est une marque enregistrée de Gestion FÉRIQUE et est utilisée sous licence par sa filiale, Services d'investissement FÉRIQUE. Gestion FÉRIQUE est un gestionnaire de fonds d'investissement et assume la gestion des Fonds FÉRIQUE. Services d'investissement FÉRIQUE est un courtier en épargne collective et un cabinet de planification financière, ainsi que le placeur principal des Fonds FÉRIQUE. Gestion Privée est un service offert par Services d'investissement FÉRIQUE.Veuillez noter qu'à des fins commerciales, Services d'investissement FÉRIQUE est aussi identifié en langue anglaise sous le nom de FÉRIQUE Investment Services. Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des frais de courtage, des commissions de suivi, des frais de gestion et d'autres frais. Les ratios de frais de gestion varient d’une année à l’autre. Veuillez lire le prospectus avant d'effectuer un placement. Chaque taux de rendement indiqué est un taux de rendement total composé annuel historique qui tient compte des fluctuations de la valeur des parts et du réinvestissement de toutes les distributions et qui ne tient pas compte des commissions d'achat et de rachat, des frais de placement ni des frais optionnels ou de l'impôt sur le revenu payables par un porteur, qui auraient pour effet de réduire le rendement. Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n'est pas indicatif de leur rendement futur. La présente revue a pour but d’informer nos clients; elle ne doit pas être considérée comme une offre ou une sollicitation visant l’achat ou la vente d’un titre, d’un produit ou d’un service quelconque, ni interprétée comme un conseil de placement précis. Les opinions et estimations exprimées dans ce document sont valides au moment de la publication de celui-ci et peuvent changer. L’information qui s’y trouve provient de sources jugées fiables, mais nous ne pouvons en garantir l’exactitude, l’exhaustivité ni la fiabilité. Le contenu du présent document est la propriété exclusive de Gestion FÉRIQUE et ne doit pas être distribué sans le consentement préalable de Gestion FÉRIQUE.