Lettre financière Premier trimestre de 2018

Revue des marchés

Par Louis Lizotte, CFA, FRM, vice-président, Gestion des placements, Gestion FÉRIQUE

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Source : MSCI

Sources : Banque du Canada, Réserve fédérale de St-Louis, Agence d'information sur l'énergie des États-Unis

 

SOMMAIRE

L’année a débuté à l’image de 2017, très bien pour les actions étrangères, moins bien pour les obligations et vraiment moins bien pour les actions canadiennes. Déjà à la fin de 2017, malgré un contexte économique ensoleillé, on sentait une certaine fébrilité sur les marchés. Combien de temps encore les marchés pourraient-ils être haussiers et peu volatils? Nous connaissons maintenant la réponse : vingt-six jours.

Dans la lettre précédente et lors de nos conférences données plus tôt cette année, nous avons évoqué certains risques pouvant provoquer une baisse des marchés boursiers :

  • Augmentation des salaires menant à une hausse de l’inflation : coché;
  • Disputes commerciales provoquées par les États-Unis : coché;
  • Remise en question des pratiques de gestion des données privées par les grands de ce monde, tels que Facebook : pas celui-là... désolé.

Ces trois évènements ont fait bouger les marchés boursiers et ont ramené leur volatilité au niveau moyen historique. Le résultat est un trimestre où les stratégies diversifiées ont obtenu des rendements légèrement négatifs, une première en deux ans.



Note : Les Portefeuilles Conservateur et Audacieux n'ont pas un an d'historique de données
Source : Gestion FÉRIQUE

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

La croissance économique mondiale est toujours positive et synchronisée. L’inflation augmentant (très) lentement, les banques centrales procéderont donc à la normalisation des taux directeurs, ce qui entraînera les taux à plus longue échéance à la hausse. Simple! Cela aurait probablement dû se produire de façon plus marquée en 2017, mais c’est plutôt à partir du début de l’année que ça s’est fait. Le graphique suivant illustre les taux obligataires à 10 ans canadien et américain.

Taux des obligations 10 ans (États-Unis et Canada)

Sources :  Banque du Canada et Réserve fédérale de St-Louis

Aux États-Unis, on note clairement la faible progression des taux en 2017, alors que l’accélération est notable au début de 2018 jusqu’à ce qu’une manchette à propos de tarifs douaniers sur l’aluminium et l’acier viennent freiner l’élan. Il en est de même du côté canadien, quoique les deux hausses du taux directeur et les tergiversations quant à l’issue des négociations de l’ALENA sur l’économie canadienne ont causé une certaine volatilité en 2017. La hausse est tout de même flagrante au commencement de 2018.

L’origine de la correction boursière du début de février, une hausse des salaires légèrement plus élevée que prévu aux États-Unis, a simplement fait ressortir ce qui était déjà connu. Les marchés obligataires et boursiers se sont ajustés brusquement à cette réalité. Mis à part cet événement, rien n’a changé dans l’environnement économique positif ou dans les attentes en termes de profits des entreprises.

Dans ce contexte, le Fonds FÉRIQUE Obligations a obtenu un rendement de 0,0 % pour le trimestre. De son côté, le Fonds Revenu Diversifié a généré un rendement de -1,7 % en raison de la faible performance des obligations étrangères et du fait que l’exposition à la devise est couverte contre les fluctuations.

PERSPECTIVES ET ENJEUX

Afin que les taux d’intérêt poursuivent ce mouvement à la hausse, l’environnement économique actuel doit perdurer.

Le président Trump a fait de grands efforts pour qu’il en soit ainsi. Premièrement, à l’aide des baisses d’impôts votées à la fin de 2017, puis en s’appuyant sur un ensemble de dépenses prévues au budget récemment approuvé. La locomotive américaine devrait donc poursuivre son chemin, ce qui indique que la Réserve fédérale maintiendra le cap avec au moins trois hausses de taux qui se reflètent maintenant dans le marché. Plusieurs croient même qu’il y en aura quatre.

Les taux à plus long terme devraient aussi graduellement augmenter. Bien sûr, cela aura un effet négatif sur le rendement des obligations et à terme, sur celui des actions également. Il est connu que les taux d’intérêt plus élevés entraînent des coûts de financement supérieurs pour les particuliers et les entreprises et que ces dernières voient ainsi leurs gains potentiellement réduits.

Aussi, la valeur en bourse des entreprises est une actualisation de leurs futurs bénéfices. Par conséquent, un taux d’escompte plus élevé équivaut à une valeur actualisée plus faible. Il n’y a pas de niveau clair au-delà duquel on verrait un réel ajustement des évaluations boursières. Cependant, le risque de réévaluation des marchés augmente sensiblement dépassant 3 % (pour le taux d'intérêt nominal 10 ans américain) et à mesure qu’il approche 4 %.

Même si les perspectives de rendements à court et à moyen termes sont faibles pour les obligations, cette classe d’actifs peut jouer un rôle stabilisateur dans une stratégie diversifiée, bien que lors de la baisse des marchés de février, les obligations ont aussi connu des résultats négatifs. Il faut toutefois distinguer cette situation de celle du mois de mars. En février, la baisse des marchés boursiers a été provoquée par de « bonnes » nouvelles alors que la baisse qui a eu cours en mars a été occasionnée par la dispute commerciale. Ce contexte risque de nuire à la croissance et conséquemment, de ralentir, voire d’inverser la progression des taux d’intérêt. Le graphique suivant présente les rendements durant ces deux périodes.

Rendements du Fonds FÉRIQUE Obligations et d'un panier d'actions

  Source : Gestion FÉRIQUE
* Panier d'actions fictif pour des fins de présentation.
Les pourcentages ont été calculés à partir de la répartition en actions du Portefeuille Audacieux.

 

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

Le marché boursier canadien, mesuré par l’indice MSCI Canada, a obtenu un rendement de -4,5 % au premier trimestre. Sur le plan économique, les indicateurs sont toujours au vert et le marché de l’emploi est pratiquement saturé. Ce contexte devrait entraîner une augmentation des salaires ce qui serait favorable aux dépenses de consommation et, on l’espère, aurait pour effet de diminuer l’endettement des ménages, facteur qui pèse toujours sur les perspectives à long terme.

Néanmoins, seul le petit secteur des technologies de l’information (11,3 %) a connu des rendements positifs lors du trimestre. Les secteurs importants de la finance (-3,4 %) et de l’énergie (‑9,6 %) ont eu des résultats négatifs.

Perspective et enjeux

La Banque du Canada a maintenu le taux directeur à 1,25 % durant le trimestre. Malgré une croissance qui justifierait une augmentation, les mêmes raisons que l’an dernier (endettement, prix des maisons, ALENA) sont évoquées par la Banque du Canada pour motiver sa patience.

Encore une fois, le secteur de l’énergie plombe notre marché boursier. Le prix du baril type américain (WTI) maintient sa progression entamée en 2017. Le respect de l’entente par les membres de l’OPEP et la demande qui demeure importante sont les principales causes. Le problème au Canada est que le prix du pétrole canadien, dont la référence est le Western Canadian Select (WCS), ne progresse pas autant. Notre pétrole est moins onéreux, notamment dû aux coûts de l’acheminement aux raffineries. Avec l’annulation d’Énergie Est, le déversement de l’oléoduc Keystone à la fin de 2017 et les obstacles à l’expédition par train, les réserves s’accumulent et l’écart de prix augmente. Il était à près de 25 $ à la fin mars alors qu’historiquement, il était plutôt de 15 $.

Le graphique suivant montre l’évolution du prix du pétrole.

Prix (en $ US) du baril de pétrole (WCS et WTI) comparé
au rendement cumulatif (en $ CA) du secteur de l'énergie (MSCI Canada)

Sources : Gouvernement de l'Alberta, Alberta Energy Regulator, MSCI

Les plus touchés sont les petits et moyens producteurs canadiens. Les compagnies intégrées, telles que Suncor, se tirent mieux d’affaire.

Tout semble indiquer que le prix du pétrole (WTI) continuera de croître en 2018. De plus, même si l’écart de prix risque de demeurer plus élevé que son niveau historique, il devrait diminuer. Effectivement, la capacité du réseau de pipelines devrait se régulariser ce printemps et des ententes avec les transporteurs ferroviaires devraient être conclues.

Finalement, les récents budgets de l’Ontario et du Québec présentent des augmentations de dépenses qui devraient en principe être positives pour la situation économique canadienne. Une résolution positive de l’ALENA et les actions canadiennes deviennent la meilleure classe d’actifs? Nous verrons.

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

Après sa plus longue série de mois consécutifs à rendements positifs, le marché américain (en devise locale) a connu des mois négatifs en février et en mars.

Aux États-Unis, le marché boursier américain a obtenu un rendement de 2,3 % (MSCI États-Unis en $ CA). La dépréciation du dollar canadien par rapport au dollar américain a fait augmenter le rendement de près de 2,9 %.

PERSPECTIVES ET ENJEUX

Comme mentionné en amont, l’augmentation des salaires a été plus élevée que prévue, un gain de 2,9 %, le plus rapide depuis 2009.  Ce contexte a conduit plusieurs gestionnaires de portefeuilles à revoir leur positionnement face à un rythme de resserrement des taux de la Réserve fédérale plus rapide qu’anticipé. La baisse soudaine des marchés a mené le VIX (l'indice de volatilité) à augmenter rapidement, prenant plusieurs investisseurs de court, principalement ceux qui empruntent pour investir, exacerbant la situation.

Prix de l'indice de volatilité (VIX)

Source : BCA Research inc.

Il est indéniable que les programmes de ventes et d'achats automatisés ont joué un rôle dans cette baisse et dans la reprise tout aussi brutale des jours suivants. Leur influence reste toutefois à évaluer.

Ensuite, en début mars, les marchés ont été ébranlés par l’annonce des tarifs sur l’aluminium et l’acier, puis à la fin du mois, par la déclaration ciblant directement les importations chinoises.

Comme si ce n’était pas suffisant, le secteur des technologies de l’information en entier n’a pas échappé aux conséquences des révélations sur les pratiques libertines de Facebook quant à la gestion de l’information des usagers. Comme le veut le dicton à propos des médias sociaux et des applications en général « si c’est gratuit, vous êtes le produit ». Caveat emptor!

La situation évoluera sans aucun doute. Or, si les Facebook et Twitter de ce monde font partie de notre quotidien et que leurs perspectives de croissance semblent infinies, leurs prix en bourse reflètent justement… une croissance sans fin. À suivre!

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

À nouveau, la baisse du dollar canadien a contribué positivement aux rendements de nos Fonds étrangers.

Les indices MSCI Europe, MSCI Asie Pacifique (tous pays) et MSCI Marchés Émergents ont obtenu respectivement des rendements de 1,0 %, de 2,9 % et de 4,3 % ($ CA) pour le trimestre, alors que les rendements en devise locale furent respectivement de - 4,2 %, de -2,1 % et de 0,8 %.

PERSPECTIVES ET ENJEUX

La progression de l’euro inquiète, puisque la Banque centrale européenne est toujours en mode expansionniste et normalement, il en résulte un effet de dépréciation sur la devise. L’impact ne se fait pas encore sentir sur les exportations, mais le risque est définitivement présent. La situation est la même du côté japonais où l’appréciation du yen pourrait devenir problématique. La bonne nouvelle au Japon est que l’on voit poindre un certain regain d’activité commerciale domestique avec en prime un peu d’inflation.

Après avoir ébranlé les marchés plus tôt en mars avec une annonce à propos des tarifs sur les importations d’aluminium et d’acier, voilà que le président américain en remet avec un ensemble de mesures tarifaires ciblant la Chine. Ce qu’on peut déduire de cette annonce est que, des quelque 500 milliards de dollars en marchandises chinoises importées annuellement aux États-Unis, 50 milliards ou plus, selon l’humeur du président, pourraient être imposés à un taux de taxation de 25 %.

Les Américains demandent aux dirigeants chinois de mettre en place des réformes afin de réduire ou d’éliminer les pratiques commerciales discriminatoires (accès au marché chinois, vol de technologie, etc.). Le récent discours nationaliste du président Xi Jinping laissait croire qu’il choisirait plutôt la voie des représailles. D’ailleurs, c’est ce qu’il a fait en annonçant une imposition équivalente sur les biens américains vendus en Chine, notamment le soya.

Le début de disputes commerciales est une mauvaise nouvelle pour l’économie mondiale. Nous n’en sommes qu’au positionnement à des fins de négociation, et le président américain a déjà quelques virages à 180 degrés à son actif. Une escalade de tarifs serait négative à plusieurs égards.

Théoriquement, les Américains sont en position de force puisqu’ils importent de la Chine l’équivalent de 2,7 % de leur PIB, alors qu’ils y exportent ce qui représente à peine 1,0 % de leur PIB. C’est cependant loin d’être si simple et ultimement, les consommateurs des deux nations écoperont, par exemple, par l’augmentation des prix.  Certains pensent que la Chine pourrait prendre la décision de liquider des avoirs américains, tels que les bons du trésor, afin de nuire aux États-Unis. C’est une action qui ferait déprécier le dollar américain, rendant les exportations américaines moins chères et les importations plus coûteuses. De toute évidence, ce ne serait pas avantageux pour la Chine.

Conclusion


Des taux d’intérêt qui grimpent parce que l’économie roule est un phénomène normal. Si la hausse est progressive, le prix des actifs en général (obligations, actions, etc.) s’ajuste aussi progressivement.

Actuellement, le risque se situe plutôt du côté des négociations des ententes commerciales et certains ajustements de marchés pourraient avoir lieu au gré des manchettes quotidiennes. Il demeure que le momentum positif provenant des mesures fiscales expansionnistes aux États-Unis ne sera pas facilement stoppé.

En terminant, selon la théorie des jeux (Game theory), la situation commerciale qui perdurait était possiblement en équilibre de Nash. Chacun, la Chine comme les États-Unis, était dans la meilleure situation, à condition que l’autre ne change pas sa position. Évidemment, ceci présume que chacun prenne des décisions rationnelles !

Au plaisir!

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