Lettre financière Deuxième trimestre de 2018

Revue des marchés

Par Louis Lizotte, CFA, FRM, vice-président, Gestion des placements, Gestion FÉRIQUE

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Source : MSCI

 

Sources : Banque du Canada, Réserve fédérale de St-Louis, Agence d'information sur l'énergie des États-Unis

 

SOMMAIRE

Un trimestre disparate en matière de rendements, qui ont été intéressants pour les actions canadiennes et américaines, positifs mais faibles pour les obligations canadiennes, puis chancelants pour les pays émergents.

 

Très simplement, nous avons affaire à un concours de tir à la corde :  

 

D’un côté, l’économie mondiale est toujours supportée par des banques centrales accommodantes, des mesures fiscales expansionnistes et des bénéfices record (hausse moyenne de 25 % au premier trimestre pour le S&P 500);

• De l’autre côté, le discours politique protectionniste prend une tournure de plus en plus inquiétante.

 

Nous avons évoqué à maintes reprises la situation « Boucle d’or » qui prévalait en 2017. 

 

Au premier trimestre de 2018, le retour de la volatilité sur les marchés a été en grande partie causé par  l’anticipation d’une sortie de cette situation idyllique par une surchauffe. 

 

Concrètement, on s’attendait à ce que la croissance économique entraîne de l’inflation, poussant les banques centrales à restreindre les conditions monétaires par des hausses de taux d’intérêt et des ajustements du prix des différentes catégories d’actifs.

Au deuxième trimestre, c’est l’inverse qui a fait progressivement son chemin sur les différents marchés alors que plusieurs évènements ont amené un refroidissement des attentes.

Il ne faut pas perdre de vue que les résultats de l’année 2017 ont été portés notamment par des politiques monétaires au sommet de l’accommodement et par un prix du pétrole faible depuis 2015. La hausse de ce dernier et du dollar américain, la situation politique italienne, et bien sûr, les incertitudes causées par la menace de tarifs imposés par les États-Unis commencent à peser lourd.



Note : Les Portefeuilles Conservateur et Audacieux n'ont pas un an d'historique de données
Source : Gestion FÉRIQUE

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

Les taux d’intérêt canadiens et américains ont légèrement augmenté au deuxième trimestre de l’année alors qu’ils ont fléchi du côté européen. Ceci reflète la lutte entre la surchauffe et le refroidissement évoquée en amont. Alors que la Réserve fédérale des États-Unis (FED) poursuit le « début de la fin » des politiques monétaires accommodantes, la Banque du Canada est demeurée prudente ce trimestre.

 

La FED a haussé son taux pour la deuxième fois en juin alors que la Banque du Canada n’a pas bougé. En Europe, la Banque centrale européenne a précisé son calendrier d’achèvement des achats d’actifs. 

 

Dans ce contexte, le Fonds FÉRIQUE Obligations a obtenu un rendement de 0,4 % pour le trimestre. De son côté, le Fonds Revenu Diversifié a généré un rendement de 0,2 %.

PERSPECTIVES ET ENJEUX

Ce qui émane de la Banque du Canada est la patience et surtout, la volonté de ne rien brusquer. Les risques se situent encore au niveau de l’endettement des ménages et de l’immobilier, notamment dans les grandes villes. L’incertitude quant à l’ALENA incite à redoubler de prudence. Cependant, le dollar canadien est demeuré légèrement sous-évalué et notre économie se porte très bien. La Banque du Canada l’a confirmé avec une hausse du taux directeur le 11 juillet 

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

Le marché boursier canadien, mesuré par l’indice MSCI Canada, a obtenu un rendement de 6,8 % au deuxième trimestre. Comme évoqué dans la dernière lettre, le marché canadien était mûr pour une avancée. Malgré les négociations difficiles concernant l’ALENA, l’appréciation du prix du pétrole a su porter notre marché qui a été parmi les meilleurs durant le trimestre. 

Perspective et enjeux

L’ensemble des secteurs boursiers canadiens ont obtenu des rendements positifs au cours du trimestre.Le secteur ayant le plus contribué à ces bons résultats est celui de l’énergie alors que le prix du baril canadien a repris l’écart usuel d’environ 15 $ par rapport au prix du baril type américain (WTI). Même si les ténors (Suncor et Canadian Natural Resources) ont mené la charge, les rendements positifs ont été diffus à l’intérieur du secteur.

Ceci dit, le prix du pétrole sera vraisemblablement volatil au cours des prochains mois. D’une part, le prix actuel est suffisamment élevé pour que les producteurs américains de pétrole de schiste reviennent dans la partie, le prix plancher étant d’environ 50 à 55 $ le baril, et l’OPEP souhaite augmenter la production. D’autre part, il y a une diminution de l’offre en provenance du Vénézuela et de l’Iran. Surtout, les États-Unis enjoignent plutôt ouvertement leurs partenaires importants à boycotter le pétrole iranien. En réponse, le président Rohani a évoqué des « dérangements » dans le détroit d’Ormuz où transite environ 20 % de la production mondiale de pétrole. 

 

Comme classe d’actifs, les actions canadiennes ont encore du potentiel. Premièrement, sur la base de l’évaluation boursière moyenne, notre marché boursier n’est pas considéré comme étant onéreux. Ensuite, dans un contexte de croissance économique soutenue, nos secteurs de l’énergie et des matériaux pourraient produire des rendements intéressants. Advenant que le scénario de refroidissement économique devenait plus concret, la solidité des banques canadiennes, qui ont investi massivement aux États-Unis ces dernières années, ainsi que la stabilité économique du pays, offriraient une certaine protection aux actions canadiennes.

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

Du côté américain, le secteur des technologies de l’information mène toujours, suivi du secteur de l’énergie et de celui de la consommation discrétionnaire. 

 

Pourquoi ce dernier? Amazon, bien sûr! Avec un rendement de 45 % (en $ US) depuis le début de l’année, et un poids d’environ 2,6 % dans le MSCI États-Unis, c’est l’entreprise ayant le plus contribué au rendement de l’indice de référence américain. Ceci porte le ratio cours-bénéfice des douze derniers mois à un « modique » multiple dépassant 210x. Il est bien évident que le fait de détenir ou non le titre en portefeuille a une incidence majeure sur les résultats.

 

Aux États-Unis, le marché boursier américain a obtenu un rendement de 5,6 % (MSCI États-Unis en $ CA). La dépréciation du dollar canadien par rapport au dollar américain a fait augmenter le rendement de plus de 2,0 %.

Marché américain (MSCI ÉU (USD))

 

Source : MSCI

PERSPECTIVES ET ENJEUX

L’économie américaine roule rondement et l’inflation poursuit son lent chemin. 

 

La Réserve fédérale prévoit maintenant un total de quatre hausses de taux directeur pour 2018, en ligne avec les attentes consensuelles du marché.

 

Fondamentalement, les tarifs sont inflationnistes et le risque est que leur escalade affecte définitivement la production mondiale. En effet, vu la forte intégration mondiale des chaînes de production, les tarifs imposés par les Américains, même s’ils ciblent la Chine, affecteront les entreprises à travers le monde, incluant des sociétés américaines. Il en résultera un affaiblissement évident de la croissance globale et une pression additionnelle sur l’inflation. 

 

Ultimement, la Réserve fédérale pourrait se retrouver face à la nécessité de poursuivre l’augmentation du taux directeur pour contenir l’inflation dans un contexte de ralentissement économique. Une combinaison qui est loin d’être gagnante.

 

Un autre élément important aux États-Unis est que la situation économique favorable, combinée au spectre des tarifs, a finalement eu pour effet de pousser le dollar américain à la hausse, une conséquence attendue depuis un certain temps. 

Devises contre USD

Source : MSCI.

Le consensus à propos du marché américain est qu’il est en fin de cycle. Ce n’est pas nécessairement le meilleur moment pour prendre plus de risques, mais c’est historiquement une bonne période pour les rendements boursiers. Le taux de chômage a atteint son plus bas niveau en 18 ans. Les critiques diront que l’indicateur exclut les gens qui ne cherchent plus de travail, mais l’effet démographique a ici un impact. Qui plus est, des chiffres récents démontrent que d’anciens travailleurs reviennent sur le marché du travail, confirmant la forte demande de main-d’oeuvre.

Cet environnement est fort positif pour la confiance et permettra à l’économie américaine de poursuivre son élan de croissance pendant un certain temps. Puis, en ce qui concerne le dollar américain, son appréciation récente est normale, compte tenu des circonstances, et devrait se maintenir au niveau actuel.

En terminant, BCA Research soulignait que les mesures fiscales et tarifaires mises en place par le président Trump vont à l’opposé de son discours politique. Alimenter une économie déjà en bonne santé exercera une pression à la hausse sur la demande de consommation, ce qui fera augmenter les importations qui coûteront plus cher en raison des tarifs. Une économie en surchauffe et de l’inflation qui pousseront la FED à hausser les taux plus rapidement, faisant augmenter la valeur du dollar américain… tout ceci produisant un déficit commercial plus élevé! Il sera intéressant d’entendre les explications lors des prochaines élections en 2020.

RÉSULTATS ET EXPLICATIONS

Durant le trimestre, l’appréciation du dollar canadien, notamment face au yen (1,9 %) et à l’euro (3,3 %) a réduit les rendements provenant de ces régions.

 



Les indices MSCI Europe, MSCI Asie Pacifique (tous pays) et MSCI Marchés Émergents ont obtenu respectivement des rendements de 1,0 %, de -1,3 % et de -6,0 %.

PERSPECTIVES ET ENJEUX

En mai, une autre saga politique s’est pointée en Europe, alors qu’il paraissait probable que la coalition en place en Italie se dissolve et renvoie les Italiens aux urnes. La prise de sièges par des partis eurosceptiques était une source d’inquiétude. Cette situation a poussé les investisseurs mondiaux à adopter un comportement défensif et les taux d’intérêt à long terme à fléchir dans la majorité des pays européens. L’autre élément inquiétant en Europe est la forte appréciation de l’euro en 2017. Les données du trimestre semblent démontrer une décélération de l’activité économique, ce qui a nui au secteur financier, notamment.

 

Le graphique suivant compare différents PMI manufacturiers (Purchasing Managers’ Index). Ce n’est pas nécessairement préoccupant, tant que l’indice demeure supérieur à 50, mais c’est tout de même un retournement de la tendance généralement haussière qui durait depuis la mi-2016.

PMI manufacturiers globaux

Source : BCA Research

Au cours du trimestre, les marchés émergents ont été ébranlés. 

Les hostilités ont officiellement débuté entre la Chine et les États-Unis. Le 6 juillet, une première série de tarifs sur certains biens importés de Chine est entrée en vigueur aux États-Unis. La riposte chinoise a été équivalente.

Toutefois, les Chinois ne pourront suivre à ce jeu d’escalade puisque les Américains importent quelque 500 milliards de dollars de la Chine, qui elle n’importe qu’environ 130 milliards de dollars de produits des États-Unis. Les dirigeants chinois devront donc opter pour d’autres types de mesures s’ils veulent maintenir la stratégie de réciprocité : par exemple, réduire le niveau d’importations via des quotas ou des blocages administratifs ou encore faire déprécier le yuan afin de compenser les tarifs.

Le niveau d’approbation du président Trump augmentant depuis qu’il impose sa ligne dure sur les tarifs, surtout auprès de sa base électorale comme le démontrent les sondages, il serait surprenant qu’il change de ton avant les élections de mi-mandat en novembre.

Outre la Chine, ciblée directement, les pays émergents dans l’ensemble ont connu un trimestre fort pénible. De façon générale, ils sont très sensibles aux échanges commerciaux. Or, l’endettement en devise américaine y est aussi toujours important. Ainsi, la confluence d’un début de décélération des exportations mondiales et de la hausse du billet vert est négative.

Évidemment, cette catégorie d’actifs n’est pas homogène et la situation de la dette en $ US est moins inquiétante que par le passé puisque plusieurs pays ont accumulé des réserves de devises étrangères importantes.

Il est nécessaire d’être sélectif dans cette catégorie d’actifs, car il y a de bonnes opportunités pour les investisseurs à long terme.

Taux d’approbation des électeurs républicains

Source: Gallup and the American Presidency Project, University of California.
*Inclus : Bush Jr., Bush Sr., Reagan, Nixon et Eisenhower. Le président Ford est exclu car il n’a pas été assermenté. 
** Inclus : Obama, Bush, Clinton, Bush Sr., Reagan, Carter, Nixon, Kennedy et Eisenhower. Les présidents Ford et Johnson sont exclus, car ils n’ont pas été assermentés. 

Conclusion


Comme toujours, il n’est pas évident de s’y retrouver. 

 

La sortie du scénario « Boucle d’or » par une surchauffe, suppose une continuité de la croissance économique supportée par les mesures fiscales expansionnistes américaines. Aussi, il faudrait un changement de ton en matière de tarifs. Dans ce contexte, les classes d’actifs plus réactives à la croissance (actions européennes, asiatiques et de marchés émergents) devraient continuer de bien performer. 

 

À l’opposé, dans le cas d’une sortie du scénario « Boucle d’or » par un refroidissement occasionné par le plafonnement de la croissance mondiale et des profits des entreprises, ainsi qu’une hausse des taux par la Réserve fédérale et une amplification des tarifs, les classes d’actifs plus défensives (marché monétaire, obligations de qualité et actions américaines) s’en tireraient mieux que d’autres titres. Voilà pourquoi il est important de maintenir un portefeuille diversifié!

 

En terminant, comme le souligne Michael Cembalest de JP Morgan Asset Management, les ententes commerciales sont comme les menottes chinoises; il semble facile de s’en défaire jusqu’à ce qu’on essaie.

 

Au plaisir !

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