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Entrevue avec Louis Lizotte, vice-président, gestion des placements, dans La Presse Affaires

Louis, Lizotte, vice-président, gestion des placements chez Gestion FÉRIQUE, a été invité à discuter de ses principales préoccupations envers l'économie et les marchés d'investissement dans La Presse Affaires. Voici l'entrevue réalisée par Martin Vallières.


PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Après la correction, quelle tolérance au risque?

Chaque lundi, La Presse Affaires invite un professionnel du secteur des placements à discuter de ses principales préoccupations envers l’économie et les marchés financiers. Notre invité cette semaine : Louis Lizotte, vice-président, gestion des placements, chez la firme Gestion Férique. Cette firme de Montréal gère une quinzaine de fonds de placement accessibles aux ingénieurs, qui cumulaient des actifs de 2,6 milliards de dollars au 31 janvier dernier.

Après la récente correction en Bourse, qu’est-ce qui vous interpelle le plus ?

D’emblée, c’est le constat qu’après une période d’une certaine complaisance haussière dans les marchés boursiers, les attentes de rendement se soient enfin ajustées aux messages de changement imminent de politique monétaire [hausses de taux d’intérêt, réduction d’achats massifs d’obligations, etc.] qui émanent depuis quelques mois des banques centrales, en particulier la Réserve fédérale américaine (Fed).

Certes, cet ajustement des attentes a été un peu brutal, en quelques jours à peine.

Néanmoins, ça aura au moins servi de rappel important aux investisseurs sur l’importance de réévaluer le niveau de risque dans leurs placements après un tel élan haussier.

Aussi, cette réévaluation de niveau de risque devient de plus en plus pertinente alors que les marchés d’investissement se rapprocheront inévitablement d’une fin de cycle haussier, après quelques années de politique monétaire très favorable.

Les marchés plus risqués, à votre avis ?

Malgré la récente correction, mes collègues et moi demeurons relativement optimistes envers les perspectives des marchés boursiers à moyen terme, mais avec des attentes de rendement moindres que les dernières années.

Cela dit, cette période d’après-correction est le moment opportun pour les investisseurs de mettre à jour leur profil de tolérance au risque selon l’évolution de leurs étapes de vie personnelle et de leurs objectifs financiers à long terme.

Et si leur tolérance au risque a changé, sans qu’ils s’en soient préoccupés alors que tout allait bien dans les marchés, les investisseurs devraient profiter de cet épisode de remise en question en Bourse pour vérifier que la teneur de leurs placements correspond encore bien à l’évolution de leur tolérance au risque.

C’est ce que nous recommandons à nos clients (22 700 clients du milieu de l’ingénierie, avec des actifs de 2,6 milliards). Ça fait aussi partie de nos attentes envers les gestionnaires de placements dans nos fonds communs de placement.

Que suivez-vous ces jours-ci ?

Au Canada, je garderai un œil sur le budget fédéral qui sera rendu public demain à Ottawa.

Je n’ai toutefois pas d’attente particulière, au-delà d’un budget empreint d’une certaine prudence.

À mon avis, le gouvernement fédéral devrait se garder une marge de manœuvre face aux incertitudes qui pèsent sur l’économie, comme le sort de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ainsi que l’impact des baisses d’impôt aux États-Unis sur l’économie américaine, mais aussi la compétitivité fiscale du Canada à moyen terme.

D’ailleurs, ces incertitudes sur l’économie canadienne, de même que l’endettement élevé des ménages et des entreprises au Canada, font partie des facteurs négatifs qui pèsent ces temps-ci contre l’indice S&P/TSX par rapport à ses vis-à-vis dans les autres économies développées.

Et aux États-Unis ?

Mercredi, je porterai attention à la publication du compte rendu de la réunion du Comité de politique monétaire de la Fed. 
Ces comptes rendus périodiques deviennent de plus en plus importants dans un contexte de préoccupation croissante des marchés financiers envers les indices de surchauffe qui pourraient se pointer dans certains secteurs importants de l’économie américaine.

S’il survient, un tel scénario de surchauffe économique pourrait alimenter les pressions inflationnistes et inciter la Fed à accélérer ses hausses de taux d’intérêt. Ce qui pourrait déclencher un autre épisode de fortes perturbations dans les marchés boursiers et financiers, comme on l’a vu au début de février.